L’ATTERRISSAGE

 N°29 – Septembre 2009

BULLETIN DE L’ ACAM

           ASSOCIATION DES ANCIENS

                   CADRES ET

                            ASSIMILÉS DES SOCIÉTÉS

                                     MESSIER

 Si vous voulez : -  Ecrire au bureau : bureau@acam.asso.fr

- Consulter le site internet ACAM :  www.acam.asso.fr 

Le mot du Président

Nul doute qu’Alphonse Daudet et Georges Bizet, en écrivant le drame de l’Arlésienne, cette femme de mauvaise vie, ignoraient que leur œuvre allait devenir si célèbre, et cela par un côté des plus inattendu : l’absence de l’héroïne, celle qu’on n’a jamais vue et qu’on ne verra jamais. Cela aura tout de même permis de donner à Bizet la possibilité d’écrire l’une des plus belles pages musicales du 19ème siècle. Quant à moi, j’aime à me réveiller au son de sa farandole. C’est toute la Provence, dans sa beauté et sa gaîté, qui chante et qui danse.

Paraît-il que deux peintres célèbres, Vincent Van Gogh et Paul Gauguin, ont réellement vu l’Arlésienne, puisqu’ils l’ont même peinte lorsqu’ils étaient à Arles en 1888. C’était la tenancière du Café de la Gare. Et vous pouvez admirer ces deux peintures d’une belle provençale dans une atmosphère sublimement ensoleillée, au Metropolitan Museum of Art à New York.

Mais si vous n’allez pas à New York, vous ne verrez jamais l’Arlésienne. Pas plus, qu’arrivé mi-juin, on avait vu la nouvelle mutuelle SAFRAN se mettre en place. Heureusement que certains membres du bureau ACAM, Alain RENAUD, Elvire GARCIA, Jean-Claude OSCHE, Michel GLÉMAREC avaient recueilli un certain nombre d’informations sur cette mutuelle et vous en avaient présenté les grandes lignes sur notre site ACAM. Enfin, dans les derniers jours de juin, vous avez dû recevoir votre dossier. Pas de panique, vous avez un an pour vous décider, mais vous pouviez aussi y adhérer dès le premier juillet de cette année.

Je ne cherche pas à vous influencer mais je voudrais vous dire simplement ce que j’ai retenu. Au fur et à mesure des réunions entre madame CASTERA, la DRH SAFRAN, et les syndicats, de nombreuses améliorations ont été apportées au projet initial, tant sur le montant des remboursements que sur celui des cotisations. Le résultat n’est sans doute pas parfait mais il est honnête. Et vous n’aurez pas de mauvaises surprises. En particulier, le montant de la cotisation sera le même, que vous ayez 60 ou 110 ans, que vous soyez malade ou bien-portant. Un comité, dans lequel figureront des retraités, fera chaque année un bilan pour déterminer les modifications rendues nécessaires, tant sur le plan des remboursements que sur celui des cotisations, car la mutuelle ne peut faire ni pertes ni bénéfices.

Sauf à être déjà membre d’une mutuelle en dehors du groupe  SAFRAN, vous ne devez pas rester dans votre mutuelle actuelle, même si aujourd’hui elle vous paraît plus avantageuse. Elle est condamnée à terme parce qu’il n’y aura pas de sang neuf, tous les actifs étant systématiquement versés dans la mutuelle SAFRAN. Donc les effectifs des anciennes mutuelles baisseront alors que les frais de gestion seront constants et que l’âge ne contribuera pas à faire diminuer les prises en charge.

Si vous souhaitez des éclaircissements sur certains points, l’ACAM organisera une réunion d’information sur le sujet au retour des vacances. Ecrivez-nous pour cela ou, plus simplement, envoyez un mail avec vos principales questions.

Roger LAFONTA


Le Laboratoire de Gustave Eiffel à Auteuil

 

 

C’est en 1912 que Gustave Eiffel transféra sa soufflerie aérodynamique dans un bâtiment situé au 67 rue Boileau, dans le seizième arrondissement de Paris, près de la Porte d’Auteuil. Devenu le « Laboratoire Aérodynamique Eiffel », celui-ci, classé Monument Historique, est rattaché au Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB).

 A plus de soixante-dix ans, Eiffel débute ses recherches sur son ennemi de toujours : « le vent ». En 1903, il réalise un appareil de chute qu’il utilise à partir du second étage de sa Tour, pour déterminer la résistance de l’air. L’aéronautique en étant à ses débuts, Eiffel veut montrer qu’on peut simuler, en parfaite concordance, le déplacement d’un aéronef dans un air en première approximation immobile, avec une maquette fixe dans un air qui serait soufflé. En 1909, il construit alors sa première soufflerie au Champ de Mars, aux pieds de la Tour. Il compare les résultats d’essais réalisés grâce à sa soufflerie avec ceux obtenus à partir de son appareil de chute. Cette confrontation est concluante.

 Eiffel décide alors de mettre gratuitement sa soufflerie à la disposition des pionniers de la conquête de l’air que sont : Farman, Bleriot, Voisin, Breguet, à la seule condition que ceux-ci publient les résultats de leurs essais. Les expérimentations qui y seront pratiquées vont permettre de faire rapidement évoluer les matériels de l’aéronautique naissante. On améliorera ainsi le profil des ailes. On perfectionnera les hélices. Eiffel publiera lui-même ses premiers résultats dans son livre : « La résistance de l’air et l’aviation : expériences effectuées au Laboratoire du Champ de Mars.

 En 1912, Eiffel, afin de réaliser les améliorations qu’il juge nécessaires pour sa soufflerie, la transférera dans son bâtiment de la rue Boileau. On méconnaît souvent la passion de ce grand ingénieur sur la fin de sa vie dans les domaines de la météorologie et de l’aéronautique. Mais c’est sur son modèle que seront construites, un peu plus tard, la grande soufflerie de Chalais-Meudon ainsi que la soufflerie S1 de l’Onera à Modane.

 Le laboratoire d’Auteuil est encore utilisé pour des essais sur la résistance au vent de maquettes automobiles et de bâtiments. Une balance de mesure avec un torseur aérodynamique ont été construits à cet effet. Une petite équipe sur place réalise les maquettes de génie civil nécessaires pour les tests. Au début il s’agissait de maquettes en bois, véritables chefs d’oeuvre d’ébénisterie ; aujourd’hui la fibre de verre et la mousse ont remplacé le bois. On effectue également des recherches sur la dispersion des polluants.

Ce laboratoire sert également de musée où l’on peut admirer le premier système de commande de la soufflerie d’Eiffel ainsi que son appareil de chute et divers projets qu’il avait conçus. Un livre de Martin Peter : « Eiffel, la bataille du vent », retrace l’histoire de ce lieu au cours des vingt dernières années de la vie de ce grand ingénieur et un film de Jean Tensi : « Des cathédrales pour le vent », situe cette première soufflerie dans la perspective historique de la création des grandes souffleries en France.

Roger LAFONTA

Page 2


Il y a 100 ans … la traversée de la Manche

L’année 1909 fut particulièrement faste pour l’aviation naissante de ce début de XXème siècle.

Tout d’abord ce fut le 2 Janvier l’exposition au Grand Palais de la Locomotion aérienne, puis le 23 Mai l’inauguration du premier aérodrome au monde, devant 30 000 parisiens, de Port-Aviation, sur la commune de Viry-Châtillon, et se poursuivit par la Grande Semaine d’Aviation de Champagne en Août, avec de nombreuses épreuves.

Le mois de Juillet fut exceptionnel. Le quotidien anglais « Daily Mail » offrit un prix de 25 000 F au premier aviateur qui réussirait la traversée de la Manche. Objectif particulièrement difficile car les aéronefs de l’époque étaient très sensibles au vent, et la Manche rarement calme, pluie, vent, brume ou brouillard, pour ce parcours de 33 kilomètres au dessus de l’eau à l’endroit le plus étroit, entre le promontoire du Cap Gris Nez près de Calais et les falaises de Douvres.

Deux candidats français étaient en lice, Hubert Latham sur son monoplan Antoinette IV, qui était persuadé de gagner et Louis Blériot avec son dernier né le Blériot XI, doté du moteur Anzani de 25 chevaux, rustique mais très sûr, fiable dirait-on aujourd’hui, avait déjà effectué le 13 Juillet un vol de 45 kilomètres en 56 minutes.

Après une longue attente en ce début d’été, le brouillard s‘étant dissipé ce 19 juillet, Hubert Latham estima le moment venu de tenter l’aventure. Léon Levavasseur, qui avait conçu l’Antoinette IV et son moteur, l’accompagnait et s’embarqua à bord du contre-torpilleur suiveur et donna le signal de l’envol, en agitant un drapeau, tandis qu’une salve annonçait que le navire était prêt pour l’escorte. Latham mit plein gaz et s’envola de Sangatte, cap sur l’Angleterre. Au bout d’une douzaine de kilomètres, le moteur, point faible de l’appareil, lâcha, l’hélice ralentit et l’avion après une descente d’environ 300 mètres amerrit sur le ventre. Hubert Latham allongea les jambes par dessus bord, alluma paisiblement une cigarette et attendit les secours. En arrivant à Calais, il déclara « Je n’ai pas été heureux cette fois-ci, mais la Manche sera vaincue demain, je recommencerai et je réussirai ».

L’« Antoinette IV » repêché par le Torpilleur « Harpon »

Latham avec sa sœur et son beau frère

 Louis Blériot était à bout de ressources, toute sa fortune et la dot de sa femme avaient été dépensées pour ses prototypes et ses essais. Il déclarait « Il me faut continuer parce que, comme le joueur, il faut que je me rattrape. Je dois voler. » Son avion était bien plus petit que celui de Latham, mais ce n’était pas un désavantage, il comptait sur son moteur pour aller au bout. Il avait effectué de nombreux essais d’« endurance » afin de parcourir la distance requise. Il avait reconnu le terrain grâce à un journaliste du « Matin », Charles Fontaine, qui lui avait trouvé une aire d’atterrissage possible, à coté du château de Douvres, dans une cuvette herbeuse, marquée d’une croix sur une carte postale. Le samedi 24 juillet, le temps était maussade, le vent balayait les côtes françaises, et faisait moutonner la mer. Le vent cependant se mit à faiblir, et à 2 heures du matin, le temps était clair et calme. La tentative fut décidée, son ami et collaborateur M. Le Blanc le réveilla à 2h30. Blériot se leva de méchante humeur. « J’avoue que je n’étais nullement disposé à partir, et j’aurais été heureux d’entendre dire que le vent soufflait si fort, qu’aucune tentative n’était possible. » reconnut-il plus tard. Il conduisit néanmoins sa femme à bord du contre-torpilleur « Escopette » et en arrivant aux Baraques, il retrouva toute son énergie. Le règlement de l’épreuve interdisait le décollage avant le lever du soleil. A 4h10 Blériot fit un court vol d’essai vers Sangatte, le moteur Anzani pétaradait, mais tournait régulièrement. Sur la plage des Baraques, un drapeau signala le lever du soleil : Blériot pouvait décoller.

Blériot debout sur son « Blériot XI » - La Poste célèbre le centenaire avec ce timbre le 25/07/2009

Page 3


Il est 4h35 en ce dimanche 25 juillet 1909, les assistants lâchent l’appareil, Blériot décolle, il met plein gaz pour franchir les fils télégraphiques au bout du champ, puis dépasse l’Escopette. « Je vais tranquillement, sans aucune émotion, sans aucune impression réelle » déclara t-il plus tard. « L’absence de tout vent me permet de ne faire agir aucune commande de gouvernail ou de gauchissement, si je pouvais bloquer ces commandes, je pourrais mettre les deux mains dans les poches.». Pendant une dizaine de minutes, il reste seul, sans guide, ne voyant aucun point à l’horizon, ne percevant aucun bateau. Il est heureux d’apercevoir enfin une ligne grise qui grossit à vue d’œil. Il se dirige aussitôt vers cette falaise, mais le vent et la brume l’obligent à lutter contre ces éléments. « Je ne vois pas Douvres, ah Diable ! où suis-je donc ? ». Blériot s’est déporté au nord, vers Deal, et a manqué Douvres. Mais la chance lui sourit, il voit sous l’eau, nageant en long chapelet, des sous-marins accompagnés de deux destroyers, se dirigeant vers Cowes pour la visite du Tsar, il pense à juste titre que Douvres est à gauche et longe les hautes falaises vers le sud. Soudain, au bord d’une infractuosité, aperçoit le château de Douvres et un homme qui agite un drapeau tricolore en criant « Bravo ! Bravo ! ». Il se précipite aussitôt vers le terrain, mais un coup de vent le rabat vers le sol, et sous le choc, brise le « châssis » (le train d’atterrissage), et l’hélice est endommagée, mais tant pis « j’ai traversé la Manche ». Charles Fontaine se précipite vers le pilote, l’embrasse sur les deux joues et l’enveloppe dans le drapeau français. Il est 5h13.

L’arrivée à Douvres devant le château sur le terrain en pente

Dans l’encart : la seule photo du « Matin » prise pendant la traversée de la Manche

Un douanier britannique, pour respecter le règlement, rédige un constat d’arrivée : « M. Louis Blériot, conducteur d’un navire appelé monoplan, n’est atteint d’aucune maladie contagieuse, et il peut continuer son voyage ».

« L’Angleterre n’est plus une île » titre le quotidien  « l’Observer ».

Le lendemain à Paris une foule énorme lui fait un accueil triomphal. Cet événement marque dans les esprits le moment où l'avion devient vraiment utile et utilisable comme moyen de transport.

Blériot est fait Chevalier de la Légion d’Honneur, son « avionnerie » au bord de la faillite est sauvée par une commande de 100 Blériot par l’Armée, des monuments sont érigés à Douvres, Cambrai, aux Baraques, ce hameau qui en août 1936 sera rebaptisé « Blériot-Plage ».

Michel GLEMAREC

page 4