10 ans après

 

Le 3 décembre 2006 après‑midi je me rends à la station RER Port‑Royal va avoir lieu une cérémonie pour commémorer les 10 ans de l'attentat qui a eu lieu le 03/1211996 en mémoire des 4 morts et 170 blessés provoqués par ce carnage. Environ 250 à 300 personnes se pressent sur les lieux dont quelques personnalités.

Juste avant cette cérémonie où je devais prendre la parole pour témoigner, je suis abordé par un homme en civil aux allures à la fois sportives et décidées. Il me tend la main. et me dit "Bonjour Monsieur DANTON, vous ne me reconnaissez pas ?"

Surpris je réfléchis et lui fait part de mon regret. Il ajoute

 

"Je vous ai reconnu à votre regard qui m'a marqué pour toujours. En effet lors de (attentat j'étais capitaine des pompiers de Paris et j'ai été le premier à tenter de pénétrer dans les décombres du wagon qui avait explosé. C'était un enfer de débris, de fumée, de cris et je vous découvre sous les débris enchevétrés, le visage noirci, bridé et couvert de sang. Mais j'ai rencontré votre regard à la foi calme et vif. D'une main vous avez agrippé mon pantalon, murmurant des paroles. Voyant votre état S ai pensé "Pour lui c'est la fin" et j'ai commencé à dégager les morts et les blessés autour de vous. Encore une fois je vous ai regardé et à nouveau j'ai pensé : "Il ne peut pas s'en sortir". Et aujourd'hui je suis bouleversé en vous voyant debout bien assuré sur votre canne et je retrouve ce même regard et je comprends qu'une telle volonté, malgré les horreurs des souffrances endurées, n'avait pas abdiqué."

 

Mon émotion, en cet instant, était grande de découvrir un épisode inconnu de mon calvaire par cet homme ému et plein d'humanité, qui a pourtant (habitude d'être confronté à une foule de drames. Nous nous sommes quittés promettant de nous revoir.

Puis au cours de la cérémonie un jeune marocain a témoigné au sujet des deux jeunes marocains morts en face de moi lors de (attentat. Après une allocution émouvante et sobre il est venu, par hasard s'installer à côté de moi. Lui touchant le bras je lui apprends ma proximité de ces jeunes hommes assis en face de moi, montés deux stations plus tôt à Saint‑Michel. J'ai évoqué le bonheur qu'exprimaient ces garçons, à propos de leur récent passage d'un doctorat de Sciences Physiques qui semblait s'être bien passé. Moi aussi S ai gardé le souvenir de ces visages épanouis et heureux juste avant leur mort, la bombe se trouvant sous leur siège. Mon interlocuteur les yeux pleins de larmes m'a remercié de lui avoir appris que son cousin et son an‑i avaient éprouvés un instant de bonheur juste avant de mourir.

En fin de cérémonie nous sommes descendus sur le quai pour déposer des gerbes sous la plaque commémorative. A ce moment un métro est arrivé, déposant quelques passagers surpris et émus. Un enfant a dit à sa maman : "On peut mourir dans le métro ?" et une dame lui a répondu : "Non mon petit aussi longtemps que la violence sera combattue"

Jean‑Yves DANTON

 

Témoignage lu par Monsieur DANTON au cours de la cérémonie

 

Le 3 décembre 1996 vers 18h à cette station de RER Port Royal, j'ai vécu (horreur d'une violence inouïe, dans des souffrances innommables, au milieu de cris et hurlements jaillissant de centaines de poitrines de femmes, d'hommes blessés, mutilés, terrorisés. Ce soir là : 4 morts et 170 blessés !

L'impensable en ce lieu, s'est pourtant produit à cause d'individus fanatiques, animés par la haine, l'intolérence et qui, pour imposer leurs idées, ont recours à ce type d'acte odieux et lâche puisqu`il ne frappe essentiellement que des innocents.

Malgré mes trois années d'hôpital et les conséquences provoquées par cette violence, je n'éprouve aucun esprit de haine ou de vengeance. Toutefois, je demande, avec force que les auteurs de cet acte et à quelque niveau qu'ils puissent se situer dans la société, soient activement recherchés, jugés et condamnés. Je demande aussi à la justice de mon pays de ne jamais refermer ce dossier en (absence d'identification des coupables et qu'elle poursuive la traque des terroristes en collaboration avec les polices et les moyens de tous pays. Il y va de la sécurité, de la liberté et de la dignité de

(homme.                                                                                                                                 PAGE 2