Voyage dans les Causses et autour de Millau

du 3 au 5 octobre 2006.

 

 

            Cette année, l’ACAM avait retenu la région des Causses pour son voyage annuel. Si le pays est assez pauvre, il est finalement riche sur le plan touristique. Ce gros bloc de calcaire, posé il y a quelques 500 millions d’années sur les contreforts du Massif Central et qui culmine à une altitude de 1000 mètres a été travaillé par l’érosion sous toutes ses formes : l’eau, le vent, le gel. Des forces maléfiques ont, selon certaines légendes, aidé à parfaire l’étrangeté du paysage.

Des gorges très profondes, de 500 à 600 mètres, ont été creusées dans lesquelles se sont glissées plusieurs rivières : le Tarn, la Dourbie, la Jonte, autant de vallées impressionnantes et pratiquement infranchissables. L’eau avec le temps a pu également dissoudre ce carbonate calcique et forer des gouffres vertigineux. Au cours des temps, l’homme a marqué son passage, ajoutant quelques citadelles imprenables sur des pitons rocheux ou construisant des remparts autour de cités médiévales pour se prémunir des invasions.

Nous n’étions plus que 13 à prendre le départ, des problèmes de santé ayant provoqué quelques désistements de dernière minute. Certains sont arrivés par le train, la veille à Montpellier, ville qui grossit chaque année de plusieurs milliers d’habitants, grâce à sa situation (près de la mer et de la montagne) à son climat et à son université. Le cœur de la ville a subi une cure de jouvence mais l’extension du tramway y crée de nombreux embouteillages.

Le mardi matin, les Montpelliérains ont été pris en charge par Didier, notre chauffeur, et Sandra, la guide qui nous a suivi tout au long de ces trois journées en nous apportant des explications et des commentaires très documentés sur les lieux que nous traversions. Ils ont rejoint, dans la matinée, ceux qui étaient allés directement à l’hôtel de Meyrueis, un très joli petit village situé au confluent du Béthyson et de la Jonte. Un arrêt technique dans le village de la Cavalerie, a permis d’admirer un vieil orme, fierté des habitants car entièrement sculpté sur le pourtour et représentant la faune et la flore de la région, ainsi que l’ancien château fort dont il ne reste que des ruines et la chapelle reconstruite à la fin du 19ème siècle. Le temps, très couvert, ne nous a pas permis de monter au Mont Aigoual, point culminant des Cévennes à 1567 mètres, ni de voir son musée météorologique.

Après le déjeuner nous avons visité Montpellier-le-Vieux, dans le Causse Noir, avec le petit train qui assure le circuit pour les touristes. Ce vaste chaos, où des rochers de formes très variées et d’aspects ruiniformes, pouvant représenter des sculptures vivantes ou des sites connus comme la porte de Messine, est le résultat de l’usure des roches de calcaire dolomitique dont la dureté varie selon leur consistance. Ce site est comparable aux cheminées de fées de la Cappadoce en Turquie. Le nom de « Montpellier-le-Vieux » fut donné à ce site par des bergers qui, assurant la transhumance des brebis, y ont vu des rocs qui leur rappelaient les immeubles en pierre peu accueillants de Montpellier.

Puis nous sommes retournés à l’hôtel de Meyrueis en passant par les gorges de la Dourbie, rivière qui borde les Grands Causses au nord. Des villages perchés comme Saint-Véran, semblent isolés de tout. D’autres, habités par une seule famille sont construits sur la berge. Nous avons fait un détour par le village de Nant que les Nantais ont baptisé : « la Venise Caussenarde », à cause de ses nombreux ruisseaux.

Le lendemain, nous avons traversé le Causse Méjean pour nous rendre à l’aven Armand, découvert en 1897 par le spéléologue Edouard MARTEL et le serrurier Louis ARMAND. Il fut ouvert au public en 1927. Pour atteindre cette grotte souterraine, un funiculaire a été installé dernièrement, ce qui évite de remonter plusieurs étages à pied, car le fond de cette grotte se trouve à une centaine de mètres sous la surface. De par sa hauteur et ses dimensions, on pourrait y caser Notre-Dame de Paris. Des éclairages, commandés par le guide, permettent de découvrir au fur et à mesure les différentes stalactites et stalagmites qui se sont formées au cours des âges. On serpente dans cette caverne grâce à de multiples escaliers qui nous mènent jusqu’à une petite source, tout au fond, qui disparaît sous le plateau pour réapparaître à Sainte-Enimie.

Puis Sandra et Didier nous ont menés à une ferme caussenarde restée telle qu’elle se présentait au début du 20ème siècle : avec sa bergerie en rez-de-chaussée, l’habitation du maître de maison au 1er étage, qui bénéficiait ainsi de la chaleur dégagée par les bêtes, le grenier à foin au 2ème étage, qui isolait ainsi de la froidure. Une cheminée permettait de faire parvenir directement le foin aux brebis. Le principal problème sur les plateaux des causses c’est l’eau. Elle s’infiltre dans le calcaire et il aurait fallu creuser des puits de 500 mètres pour la trouver. Les habitants devaient donc construire des réservoirs pour récolter l’eau de pluie et, naturellement, ne l’utilisait qu’avec parcimonie. Des bassins étanchés par des pavés ou une couche d’argile, les lavognes, alimentées également par la pluie, permettaient de faire boire les animaux dans les pâturages.

Après un déjeuner pris dans une auberge typiquement caussenarde, nous avons visité Sainte-Enimie, petit village médiéval anciennement fortifié, dont la légende rappelle qu’Enimie, sœur du roi Dagobert, qui avait imploré le ciel afin de devenir un repoussoir vis-à-vis du prétendant qu’elle ne voulait pas épouser, avait ainsi contracté la lèpre. Pour pouvoir guérir, un ange lui indiqua une source miraculeuse, située aux confins du Causse de Sauveterre. Elle y alla et fut guérie. Mais chaque fois qu’elle s’éloignait de la source, la lèpre reprenait le dessus. Pour rester définitivement au bord de cette source, elle fonda donc une abbaye, qui fut à l’origine du village de Sainte-Enimie.

Nous revînmes à l’hôtel par les Gorges du Tarn aux abrupts impressionnants et nous pûmes admirer les sites de Saint-Chély, de Pougnadoires et le château de la Caze, transformé en hôtel 4 étoiles. Au Pas de Soucy, un éboulement d’énormes rochers, dont certains peuvent atteindre le millier de tonnes, barre le lit du Tarn qui semble disparaître et ne reparaît qu’un peu plus loin. La légende attribue cet éboulement à la fuite du diable devant Enimie.

 

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