L’ACAM, déjà 20 ans !

 

            L’après-midi du 20 avril 1985, une centaine d’anciens du personnel de Messier-Hispano-Bugatti Montrouge se réunissaient dans une salle de la bibliothèque de la Mairie de Montrouge.

            Cette assemblée adopta les Statuts d’une Association régie par la loi de 1901, et élit, conformément à ceux-ci, un Conseil d’Administration. Les statuts avaient été préparés par un bureau provisoire dirigé par Monsieur Marcel Lainé. Le conseil élu, se réunit à l’issue de l’Assemblée, nomma Président de l’ACAM : Monsieur Lainé et constitua le bureau. L’ACAM était née. La présidence d’honneur fut proposée à Monsieur René Lucien, ancien PDG de la Société MESSIER, qui l’accepta. Ces anciens étaient issus, soit d’un groupe informel ayant accepté le Contrat de Solidarité de 1982, dirigé par Monsieur Cohen, soit du licenciement conjoncturel de 1984. Monsieur Cohen fut nommé Vice-Président.

            Les premières activités de l’ACAM furent les modalités d’application de la Garantie de revenu, prévue lors du licenciement de 1984, gérées par Monsieur Biton, deuxième Président, et celles de l’application de la « Retraite Chapeau », traitées auprès du DRH par Monsieur Baldet, alors trésorier de l’ACAM.

            Monsieur Biton fit adhérer l’ACAM à l’UNAPA ; cette Association regroupait des Associations similaires, dont le but commun était d’assurer la pérennité de nos retraites. De regroupement en regroupement, l’ACAM est aujourd’hui adhérente à la CFR (Confédération Française des Retraités), via l’UFR (Union Française des Retraités).

            L’ACAM est présidée actuellement par Monsieur Roger Lafonta, son sixième Président. Chaque président participa à la consolidation de l’ACAM et continue encore à œuvrer à la défense des anciens de MESSIER, chaque fois qu’une intervention s’avère nécessaire. Que dire …. Continuez !

Hervé POISSON

 

 

UN DÉPART EN RETRAITE CHÈREMENT ACQUIS

 

            Jean-Yves DANTON est entré chez MESSIER en 1962 après son service militaire (26 mois en Algérie). Il a poursuivi sa formation en cours du soir et du samedi : d’abord 2 ans pour obtenir son Brevet Professionnel de mécanicien, puis 10 ans au CNAM pour devenir Ingénieur. 42 ans plus tard, après avoir participé à la mise au point de la nouvelle machine d’essais de freins de MESSIER-BUGATTI, il vient de prendre une retraite bien méritée. Mais ce qui pour chacun des anciens ne constitue que l’aboutissement normal d’une fin de carrière a bien failli être brisé par l’attentat perpétré dans la station Port-Royal du RER en cette dramatique journée du 3 décembre 1996.

 

            Son épouse se rappelle cette journée fatidique : « Ce soir là, je ne savais même pas où il était parti, il m’avait déposé le matin à l’école, j’ai su par mes élèves que quelque chose de très grave était arrivé… Je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé qu’il était dans ce train, je suis sortie de l’école comme une fusée, très très inquiète… je n’ai eu des nouvelles que très tard par le responsable du Service Réanimation de l’hôpital Beaujon. Quand elle m’a appelée, j’ai tout de suite pensé : « Il est vivant ! »

            Les circonstances de cet événement restent également gravées dans sa mémoire : « Je rentrais d’un salon professionnel à Villepinte. Je prends rarement le métro, mais là c’était la meilleure solution. C’était l’heure de pointe du soir, j’étais assis sans le savoir en face de la bombe glissée sous un siège à Charles de Gaulle. A la station Châtelet, 2 jeunes ont pris place sur ce siège… Trois stations plus loin, ils ont sauté, ils sont morts.

            J’ai eu la jambe gauche broyée , les poumons écrasés, les tympans crevés, des brûlures sur tout le corps, mais je n’ai pas perdu connaissance. Une très jeune secouriste, que je n’ai jamais revue, me caressait le visage en me disant : « Surtout, Monsieur il faut vivre… ». Au bloc opératoire, j’ai entendu une infirmière dire : « Je me demande ce que le chirurgien va pouvoir tirer de ça »… Je me suis dit : « Je vis, donc je vais vivre ».

            Il a beaucoup souffert, subi 24 interventions chirurgicales, des greffes osseuses, de lambeaux, de tympan et surtout fait preuve d’une volonté tenace pour endurer toutes ces interventions… « J’ai suivi l’exemple d’une mère extraordinaire », avoue-t-il. Sa famille et ses collègues l’ont bien entouré pendant toutes ces épreuves.

            Même les tracasseries administratives ne lui ont pas été épargnées : chipotage sur le taux d’invalidité, taux de remboursement de la Sécu qui n’avait pas pris en compte que c’était un accident du travail !

            Et 8 ans après l’attentat « Les auteurs n’ont toujours pas été retrouvés, leur bombe n’a pas « parlé » . J’aimerais aller leur parler, savoir ce qui les animait réellement et leur démontrer qu’aimer les autres est le meilleur moyen de leur faire connaître ses idées. Je n’ai ni haine ni esprit de vengeance, dit-il, mais j’éprouve de la colère face à cet acte lâche et cruel qui touche des innocents. Je veux en même temps essayer de les comprendre et les voir jugés et condamnés ».

 

            Maintenant il démarre une vie de retraité « actif » avec sa canne, sa voiture à boîte automatique et son téléphone portable, pour informer régulièrement son épouse de ses déplacements.

            Son courage force notre admiration et nous tenons à lui témoigner notre amicale sollicitude. Nous lui souhaitons une bonne retraite. A très bientôt lors d’une prochaine réunion de l’ACAM !

Jean GAUMET

 

(Article réalisé à partir d’une interview de Jean-Yves Danton au journal « Messages » du Secours Catholique »)

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